Didier FREBOEUF (piano) - Bruno TOCANNE (drums)

CA N'EMPÊCHE PAS LE VACARME

 

Architectes du vent, experts en géométrie des nuages

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Photo JY Molinari

 

"Envisager cette musique sous l'angle rhétorique serait en souligner la constante ambiguïté, résultat d'une fêlure profondément enfouie. Déjà, accoter un piano et une batterie, c'est éventuellement, crûment, ramener ce couple à sa nature : un duo de percussions, et dans ce cas en faire une bête à deux dos. C'est se passer d'un médiateur, faire fi de la dialectique et assumer les oppositions non résolues : mieux, en faire œuvre. Et sens. 
    Ce serait reconnaître pour principe le caractère hypothétique de ce qui, à peine avancé, rebrousse, avant de conquérir sa forme affirmative ; qu'une note échappe à l'enfermement, claire, libre, elle s'éveille « libre mais seule. » Désorientée, errer. Et la mélodie est retrouvée dans l'errance.

    On peut aussi se figurer le piano comme une usine marémotrice fonctionnant à jusant comme à marée montante, la batterie dessinerait assez bien le réseau de lignes à haute tension  s'enfuyant en étoile. Mais les réseaux se perdent, l'énergie ne baisse pas : elle s'évapore. Elle diffuse, se transforme ; insaisissable, change d'état. Apparaît – éclairs, zébrures – pour disparaître, ressurgir en grondant doucement, tonnerre lointain, inexorable bombardement, sous lequel reconnaître les défroques d'un rescapé dans les décombres d'un monastère en ruine.
   
   On peut encore observer des masses changeantes, des fronts et des courants. Architectes du vent, experts en géométrie des nuages, Fréboeuf et Tocanne sont à l'écoute des phénomènes qui nous gouvernent. C'est peut-être pourquoi règne toujours au cœur de leur musique un principe d'incertitude. Un autre nom de la liberté.

    Mais quand la musique prend une dimension hymnique, elle révèle la dualité qui partout  la sous-tend : non, « ça n'empêche pas le vacarme », mais au-dessus de lui, en dessous, en plongeant dans les abysses, au travers de son cerceau de feu, en passant le portique, peut-être, peut-on entendre enfin quelque chose."


Philippe Alen

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